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850 km en Afrique du Sud à vélo : ce que le Gravel Burn m'a vraiment fait

  • Jean-Marin Grillon
  • il y a 1 jour
  • 9 min de lecture

Un coup de téléphone. Moins de 24 heures pour décider. Et la plus grande aventure de ma vie


Cette course, c'était en novembre 2025.


On est en mai 2026. Plus de six mois ont passé.


Six mois pendant lesquels j'ai essayé d'écrire cet article. Plusieurs fois. Et à chaque fois, j'ai fermé l'ordinateur.


Pas parce que je ne savais pas quoi dire. Parce qu'il y avait trop à dire, et que les mots ne semblaient jamais à la hauteur. Certaines expériences ont besoin de temps pour se déposer. Pour qu'on arrête de les revivre et qu'on commence à les comprendre.


Six mois pour digérer 850 km, 7 jours, une tribu, des éléphants, des larmes dans les 20 derniers kilomètres, et un rêve qui se termine en sachant qu'on va le regretter immédiatement.


Six mois pour accepter que certaines choses te changent sans te demander la permission.


Voilà. Maintenant je suis prêt.



Il y a un an, Damien Bisetti m'appelle.


On se connaît bien, on a roulé ensemble, souffert ensemble, on partage la même folie tranquille du vélo qui va loin.


Il me parle du Gravel Burn. 850 km. 7 étapes. Afrique du Sud. Knysna, le Karoo, Shamwari.


Il me donne moins de 24 heures pour répondre.


J'aurais dû réfléchir. Peser le pour et le contre. Consulter la famille, l'agenda, le budget, la raison.


J'ai dit oui en quelques heures. Parce que certains rêves, tu ne les laisses pas passer. Et parce que je suis le genre d'homme qui préfère regretter d'avoir essayé plutôt que de n'avoir jamais osé.


C'est quoi le Gravel Burn en Afrique du Sud ?


Le Gravel Burn en Afrique du Sud, c'est l'œuvre de Kevin Vermaak, le même homme derrière le Cape Epic. Un format itinérant sur 7 jours, 850 km, à travers trois univers radicalement différents : les forêts côtières de Knysna, le désert semi-aride du Grand Karoo, et la réserve privée de Shamwari avec ses Big Five.


Chaque nuit dans un Burn Camp : tentes individuelles, cuisine locale, support technique et médical sur tout le parcours. Une organisation millimétrée qui te permet de tout donner sur le vélo, sans gérer la logistique.


Un format entre aventure et compétition. Entre performance et voyage.


Exactement la bonne formule pour des gens comme nous.


La tribu


On ne choisit pas vraiment ses compagnons de route, c'est le voyage qui les choisit pour toi.


Damien: mon compagnon de route depuis 3-4 ans sur les routes de Genève. Ensemble on a roulé la GRAAALPS 2025 — 500 km en duo à travers les Alpes. On se connaît dans les bons moments et dans les mauvais. Ce voyage en Afrique du Sud, c'est lui qui me l'a offert sans le savoir, avec un simple coup de fil.


Stéphanie: qualifiée pour la Gravel Night après l'étape 3, aux côtés de Tom Pidcock, et 2ème de sa catégorie au classement général. Le genre de coéquipière dont tu découvres la valeur sous pression : calme, efficace, patiente. À l'étape 4, elle a réparé mes deux crevaisons simultanées comme une mécanicienne NASCAR version gravel.


Sébastien: toujours là, toujours sur son cadre en acier. Le sourire, le mot juste au bon moment. Le genre de présence qui rend tout plus léger.


Nathalie et Fabien: un couple valaisan qui voyage à vélo avec le sourire comme équipement de base. Lui quasi-pro en VTT et également 2ème de sa catégorie, elle championne d'Europe de montée sur route. La puissance tranquille de gens qui ont beaucoup roulé et qui n'ont plus rien à prouver.


Kaddy: une Allemande qui habite Lausanne, membre du Lausanne Gravel. Discrète, précise, redoutablement solide. Elle a terminé 2ème dans sa catégorie. Le genre de performance qu'on ne voit pas venir parce qu'elle ne fait pas de bruit.


Julien: de La Chaux-de-Fonds. Super ouvert, gentil, toujours présent pour aider. Ces gens-là donnent le ton d'un groupe, ils font que l'aventure collective est possible.


Et puis, un peu en dehors du groupe mais toujours dans les parages : Simon Pellaud: cycliste professionnel chez Tudor Pro Cycling en 2025, 2ème au classement général du Gravel Burn. Un gars simple, ouvert, toujours souriant. Chaque soir au camp, il était là avec nous, pas dans une bulle de pro, juste là, comme tout le monde. Ce genre de rencontre qui te rappelle que le vélo est un des rares sports où l'élite et les amateurs partagent encore la même poussière.


Et Sylvain Rochat: des magasins Rochat, invité par Pinarello pour le remercier d'être l'un de leurs meilleurs revendeurs. Une belle façon d'être là. Toujours souriant, bonne ambiance, discret comme les gens vraiment solides le sont. Pas dans le cœur de la tribu, mais dans son orbite, et ça compte aussi.


Sept jours avec eux. Et quelque chose qui ressemble à de la famille au bout.


Les 7 étapes : sept jours qui ne se ressemblent pas


Étape 1 — Knysna : là où l'Afrique du Sud pose ses règles


Départ sous la pluie. Cinq kilomètres de liaison, trempé jusqu'aux os avant même d'avoir commencé.

Je souriais quand même.


Simola Hill t'accueille comme une gifle polie, le genre qui dit "bienvenue, mais sache que ça ne va pas être facile." Puis la forêt de Knysna t'avale. Lumière verte, sol vivant, silence de cathédrale mouillée. Ça sent la terre noire, les feuilles éclatées, le bois trempé.


Et puis le Prince Alfred's Pass. Long, patient, inévitable. Pas un col qui hurle, un col qui s'impose. Là-haut, entre deux virages au-dessus de la vallée, j'ai compris une chose simple : je suis exactement là où je dois être.

La descente vers Avontuur, je suis redevenu un gamin. Celui qui lâche les freins et rit tout seul.



Étape 2 — Avontuur → Willowmore : entrer dans le Karoo


La forêt disparaît. Le Karoo commence.


C'est un changement de planète. L'air se dessèche, le paysage s'étire, le silence devient plus grand. 106 km pour comprendre que le désert semi-aride sud-africain ne te donne rien, il te laisse juste passer, si tu mérites de passer.


Étape 3 — Graaff-Reinet → Blaauwater : l'étape fluide, et la nuit électrique


90,5 km. 1 417 m D+. 79% en zone 2. Le genre d'étape où tu accompagnes le paysage au lieu de le subir.

Le Karoo parle en silence, pistes blanches, montagnes lointaines, troupeaux qui lèvent la tête quand tu passes.

Et puis le soir : mon nom sort pour la Gravel Night. 30ème temps sur le segment Red Bull. Stéphanie est qualifiée aussi.


Le concept est brutal dans sa simplicité : une boucle de 600 mètres éclairée au feu de bois. Tu pars avec de l'avance. Tom Pidcock part derrière toi en chasse. Dès qu'il te dépasse, tu es éliminé.


Oui, Tom Pidcock. Le champion du monde.


Des projecteurs. De la musique. La foule qui hurle ton prénom. La poussière dans l'air, l'adrénaline pure, l'impression d'être dans une scène de film.


Deux Suisses dans une arène improvisée au milieu de l'Afrique du Sud.


Le vélo, parfois, invente des histoires que tu n'aurais pas osé écrire.



Étape 4 — Blaauwater : trois crevaisons et une humanité retrouvée


Départ en groupe. Ambiance parfaite. Et puis, pssshhhht, crevaison numéro 1. Le groupe continue, je répare seul dans le silence du Karoo.


Crevaison numéro 2, puis numéro 3, les deux d'un coup dans une descente piégeuse. Moi entierement ébété, Stéphanie m'aide complétement et répare comme une pro, sans paniquer, avec cette patience qui te remet les idées en place plus vite que ton pneu.


À New Bethesda, village improbable au milieu du désert, un mécano s'occupe de ma roue comme d'une blessure de guerre. Puis les kilomètres 88 à 111 : rien. Juste la nature, immense, silencieuse. Un décor tellement grand que tu te sens minuscule et libre en même temps.



Étape 5 — La plus dure. Point.



C'était censé être une étape de transition. Une journée "roulante", comme on dit.


Le Karoo avait d'autres plans.


40 degrés. Pas un brin d'ombre. 142 km. Et une dernière montée de 18 km en gravel, raide, implacable, sous un soleil qui ne négocie pas.


133 bpm de moyenne. 6 heures en selle. 3 351 calories brûlées.


Pas vraiment du plaisir ce jour-là. Juste du courage, du mental, et cette petite voix qui murmure continue.


Il y a des jours où être un homme, c'est simplement ça : tenir. Pas pour briller. Pas pour les autres. Juste parce que c'est ta parole à toi-même.


C'est sûrement la chose la plus dure que j'aie jamais faite à vélo. Et quelque part, c'est exactement pour ça que je roule. Pas malgré la difficulté, à cause d'elle.


Étape 6 — La nuit où tout s'effondre, et où l'essentiel reste


La tempête est arrivée dans la nuit.


Le matin, l'étape est neutralisée.


Et c'est bien tombé, parce que Damien, Julien et moi sommes à plat. Le ventre retourné, le corps en grève totale. Le genre de moment qu'on ne raconte pas dans les récits héroïques, mais qui fait partie de la vraie aventure. La partie qu'on partage uniquement avec ceux qui étaient là.


Une journée suspendue. Corps qui récupère en silence, têtes qui soufflent.


Et paradoxalement, c'est ce jour-là que j'ai compris quelque chose sur ce voyage. Quand tu enlèves les kilomètres, les chronomètres et les segments, il reste quoi ?


Des gens. De la confiance. De l'entraide.


Sylvain Rochat, Stéphanie, Sébastien, Julien, Kaddy, Nathalie et Fabien, Damien, une tribu qui tient ensemble même quand un de ses membres ne peut plus pédaler.


C'est ça, le vrai Gravel Burn.


Étape 7 — Finir un rêve dans les yeux d'un éléphant


Le dernier jour.


113 km. 1 340 m. Le corps encore fragile après la nuit difficile. La tête déjà en train de comprendre que c'est

la dernière fois.


La réserve de Shamwari commence à absorber la piste. L'air change. Les couleurs changent. Et soudain, des éléphants sur le bord de la piste. Des girafes au loin. Un rhinocéros, immobile, majestueux.


Ce n'est plus une course. Ce n'est plus un défi. C'est quelque chose d'autre, quelque chose pour lequel il n'y a pas vraiment de mot.


Dans les 20 derniers kilomètres, j'ai craqué.


Des larmes.


Pas de douleur, autre chose. Ce mélange impossible de joie et de tristesse qui arrive quand un rêve se termine et que tu sais, au fond, qu'il ne reviendra jamais exactement sous cette forme. Tu pleures parce que c'est beau. Tu pleures parce que c'est fini. Tu pleures parce que tu ne savais pas que ça pouvait être aussi grand.


Un homme qui pleure à vélo au milieu d'une réserve africaine, entouré d'éléphants.


C'est exactement ça, le casque rose.


Quand j'ai coupé le Coros pour la dernière fois, j'ai juste respiré.


Profondément.


850 km. 7 jours. Une vie compressée en une semaine d'Afrique du Sud.


Ce que le Gravel Burn m'a vraiment appris


Pas des leçons de coach. Des trucs vrais, récoltés dans la poussière du Karoo.


Le désert te ramène à toi. Quand il n'y a plus rien autour, pas d'arbres, pas de ville, pas de bruit, tu découvres ce qui reste. Et ce qui reste, c'est toi. Pas la version présentable. La version qui pédale quand elle a mal, qui répare ses crevaisons seule, qui pleure dans les derniers kilomètres sans se demander si quelqu'un regarde.


Les gens comptent plus que les kilomètres. Chaque crevaison réparée ensemble, chaque ravitaillement partagé, chaque nuit de tempête traversée côte à côte, c'est ça qui reste. Dans dix ans, je ne me souviendrai peut-être plus de ma puissance moyenne sur l'étape 5. Je me souviendrai de Stéphanie qui répare mes pneus avec le sourire, de Sylvain Rochat qui dédramatise tout, de Damien à plat ventre le même jour que moi, et de Nathalie et Fabien qui avancent toujours avec cette sérénité de gens qui ont trouvé quelque chose d'important.


La difficulté n'est pas l'ennemi. 40 degrés, 18 km de montée raide, le ventre retourné la nuit, ce sont les moments qui donnent du prix à tout le reste. On ne roule pas malgré les moments durs. On roule pour eux.


Finir un rêve, c'est aussi le perdre. Les larmes dans les 20 derniers kilomètres n'étaient pas de la faiblesse.

C'était l'hommage que je rendais à quelque chose de grand, en sachant que ça allait se terminer. C'est peut-être ça, la vraie marque d'une belle aventure : elle te manque avant même d'être finie.


Pour finir


Je suis rentré à Genève.


Retrouvé ma famille, ma tribu de vie.


Repris le vélo du mardi soir avec la communauté.

Recommencé à faire des choses normales.


Et pourtant, quelque chose a changé. Pas de manière visible. Pas spectaculaire. Personne ne le voit de l'extérieur.


Mais moi je le sens.


Cette certitude tranquille qu'un homme construit en faisant des choses difficiles, en tenant quand c'est dur, en pleurant quand c'est beau, en rentrant à la maison avec un peu plus de lui-même qu'en partant.


J'ai dit oui en moins de 24 heures à un coup de téléphone de Damien. Et c'est la meilleure décision que j'aie prise depuis longtemps.


Je suis parti pour aller quelque part.


Je suis rentré en étant quelqu'un d'autre.


Légèrement. Mais sûrement.


Et vous, est-ce que vous avez déjà vécu ça ? Un appel, une décision rapide, une aventure qui vous a transformé ?


Retrouvez les récits détaillés de chaque étape dans la catégorie Expériences du blog.


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