Six séances à 3 000 mètres sans quitter Genève tout en hypoxie...
- Jean-Marin Grillon
- 28 avr.
- 6 min de lecture

Ce que l’hypoxie change vraiment, quand on est un cycliste d’endurance qui pensait déjà tout savoir sur son souffle.
Petite précision avant de commencer, parce que je tiens à être clair : je ne suis pas subventionné par KeePushing. Je n’ai pas eu de tarif spécial, pas de partenariat, pas de contrepartie. J’ai payé mes séances comme n’importe qui. J’écris parce que l’expérience m’a marqué et que c’est ce que je fais ici, sur Le Casque Rose : je raconte ce qui me touche, sincèrement, ou je ne raconte pas.
Je ne pensais pas écrire cet article.
Quand je suis entré pour la première fois chez KeePushing, route du Grand-Lancy, je venais surtout pour voir. Voir ce que c’était, cette fameuse salle dont tout le monde parle à Genève. Voir la machinerie, les vélos, le concept. J’avais déjà mes sorties longues dans les jambes, mes 9 000 km annuels, mes courses derrière moi. J’avais passé la semaine d’avant à pédaler 128 bornes en solitaire avec 1 735 mètres de dénivelé.
Je me disais: bon, l’altitude simulée, c’est du bonus, c’est bien, mais ça va pas révolutionner grand-chose pour quelqu’un qui roule autant que moi.
Je vais être honnête. J’avais tort.
Séance 1 — Le choc
Je me souviens très précisément de la première minute. Pas du premier kilomètre, pas du premier effort, de la première minute.
Tu t’installes sur le vélo, tout paraît normal. L’éclairage est doux, la salle est belle, le coach t’explique le protocole. J’ajuste mon cardiofréquencemètre, je mets mon oxymètre au doigt. Et puis tu commences à pédaler tranquillement, à 120 watts, rien de violent. Et au bout d’une minute, tu réalises.
Tu réalises que ton corps cherche quelque chose qui n’est pas là.

Ce n’est pas désagréable. Ce n’est pas oppressant comme je l’avais imaginé. C’est juste que ton souffle se pose différemment. Plus vite. Plus court. Et ton mental enregistre immédiatement l’information : il se passe quelque chose ici que je ne contrôle pas complètement.
Pour quelqu’un qui a l’habitude de tout maîtriser sur un vélo: sa puissance, son rythme, sa respiration, c’est humiliant. Dans le bon sens.
Je suis sorti de cette première séance avec les jambes fraîches et la tête un peu ailleurs. J’ai roulé le lendemain pour tester. Rien de spécial. Trop tôt.
Séance 2 et 3 — L’ajustement
Les deux séances suivantes, c’est là où ton orgueil prend une petite claque.
Je rentre avec l’idée de bien faire. De monter les watts, de montrer que je peux. Résultat : je sature à des intensités qui, au niveau de la mer, me paraîtraient ridicules. Mon seuil n’est plus mon seuil. Mon confort n’est plus mon confort. Tout est décalé vers le bas de quelques pourcents, et ces quelques pourcents font toute la différence.
Ce que j’ai compris à ce moment-là, c’est que l’hypoxie ne fait pas la même chose que du volume à Genève plat. Ce n’est pas plus d’entraînement. C’est un entraînement différent. Ton corps est forcé de travailler sur des mécanismes qu’il n’active jamais quand tu roules au bord du Léman. L’efficacité du transport d’oxygène. La tolérance au manque. La gestion du lactate quand les mitochondries doivent bosser sans leur carburant habituel.
Tu apprends à respirer en écoutant, pas en dictant. C’est un glissement minuscule, et c’est énorme.
Séance 4 — Le déclic
C’est arrivé à la quatrième.
Je ne sais pas exactement comment le décrire. Il y a un moment, en fractionné, où mon corps a accepté. Je n’essayais plus de négocier avec l’air raréfié. Je l’avais intégré. Mes jambes tournaient, mon cœur montait, mon souffle trouvait son rythme, et j’étais à 3 000 mètres quelque part au-dessus du stratus genevois, et ça allait.
Ce soir-là, en rentrant à vélo chez moi à Florissant, j’ai senti quelque chose que je n’avais pas senti depuis longtemps. Pas de la forme, non, mais de la disponibilité. Les jambes disponibles. Le souffle disponible. La tête aussi, bizarrement. Comme si le fait de s’être frotté à plus dur pendant cinquante minutes avait remis le reste à sa place.
J’ai dormi mieux cette nuit-là. Pas plus longtemps, juste mieux. Quand ton corps a vraiment bossé dans le registre qu’il fallait, tu le sens jusque dans la qualité de ton sommeil.
Séance 5 et 6 — Ce que je ne dis jamais

Les deux dernières séances, c’est là où j’ai commencé à penser à cet article. Parce que j’ai compris que ce que
KeePushing m’apportait n’était pas ce que j’étais venu chercher.
J’étais venu chercher de la performance. Des watts. Un gain chiffré pour mon prochain 300 bornes, mon prochain Race Across Series, le prochain gros objectif qui m’attend. Et la performance est là, c’est certain. À la sixième, je sens mes chiffres bouger. Ma FC est plus basse à intensité égale qu’en séance 1. Mon oxymètre remonte plus vite à la récup. Ce sont des marqueurs concrets que je mesure moi-même, séance après séance et qui racontent une histoire que mes jambes confirment dehors, le week-end suivant, quand je tire sur une bosse.
Mais ce que j’ai trouvé en plus, c’est autre chose.
J’ai trouvé un endroit où je suis obligé d’être présent.
Quand tu roules 250 kilomètres tout seul dans les Alpes, tu as tout le temps du monde pour partir dans ta tête. Tes soucis de boulot, la réunion de lundi, la facture, le message pas encore répondu. Ton corps tourne et ta tête tourne en parallèle, sur deux rails différents.
Chez KeePushing, c’est impossible. À 3 400 mètres simulés, en fractionné, à ta FC max, ta tête est entièrement dans ton corps. Il n’y a plus de place pour autre chose. Cinquante-cinq minutes de pure présence.
Pour quelqu’un qui mène sa vie à cent à l’heure entre son job à l’hôpital, ses enfants, ses projets, ses rides, ses mille idées par semaine — c’est un cadeau que je n’avais pas vu venir.
Ce que je vais continuer à faire avec l'hypoxie à Genève
Je vais continuer. Pas deux fois par semaine, je n’ai pas le temps, et ce n’est pas le bon usage pour quelqu’un qui roule déjà beaucoup dehors. Une fois par semaine en ce moment, ciblée, intégrée dans mon plan, calée après une grosse sortie longue pour accélérer l’adaptation. Et je pense que dans les six semaines qui précéderont mon prochain gros objectif, je passerai à deux.
Je ne viens pas chez KeePushing pour remplacer mes sorties. Je viens pour les compléter avec quelque chose que le plat genevois et le Salève ne peuvent pas me donner, peu importe le temps que j’y passe.
Et puis il y a Christine. Il faut en parler un peu, parce que c’est elle qui fait la différence entre un équipement et un lieu. Elle n’est pas dans la salle pendant que tu pédales, ce sont les coachs qui portent le protocole, qui ajustent les intensités, qui tiennent la séance. Christine, elle, est ailleurs et partout à la fois. Elle est la gardienne du lieu. La conscience du projet.
Tu la croises avant, après, entre deux séries quand tu récupères. Elle te demande comment c’était. Elle te raconte sa dernière expédition sur un de ses douze 8 000 m, le jour où à 7 500 mètres elle a compris telle chose sur le souffle, le corps, la peur. Douze 8 000 mètres, ça laisse des traces qu’on ne transmet qu’à voix basse, entre deux gorgées d’eau. Et c’est ça qui rend l’endroit différent d’un simple centre de performance : il y a quelqu’un qui a vécu ce que la machine reproduit, et qui veille à ce que la salle reste fidèle à cette expérience-là.
Les coachs font le travail technique. Christine tient l’âme. C’est une répartition que j’ai trouvée rare, et juste.
Pour qui, concrètement ?
Je m’adresse surtout à ceux qui me lisent et qui sont comme moi : des sportifs d’endurance qui ne sont pas des pros, qui ont un boulot, une famille, des contraintes, et qui veulent continuer à progresser sans sacrifier le reste.
Si vous vous préparez pour une course en altitude comme la Graaalps, la Marmotte, Haute-Route, un raid trans-pyrénéen, n’importe quel truc au-dessus de 2 000 mètres, c’est presque bête de ne pas y aller. Six à huit semaines avant, ça change la course.
Si vous sentez que vous plafonnez malgré le volume, c’est sans doute là que se trouve votre réponse. Pas en ajoutant des heures. En changeant la qualité.
Si vous avez un gros projet montagne comme un trek, un sommet, ne partez pas sans être passé par là. Ça vous évitera des semaines de crève en refuge.
Et si, comme moi, vous cherchez sans le dire vraiment un endroit où votre tête peut se déposer pendant que votre corps travaille, vous allez être surpris.
Six séances. Je pensais écrire sur l’hypoxie. J’ai fini par écrire sur la présence.
C’est exactement pour ça, je crois, que je vais continuer à pousser cette porte route du Grand-Lancy.
Fort, sensible, joyeux.
Et un peu plus haut que la semaine dernière.
KeePushing, route du Grand-Lancy 6A, Les Acacias. (https://keepushing.ch)




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