top of page
  • 205333B8-9DB8-40F5-AA61-7E9B81E50EA0
  • Instagram

Éloge du flan : la meilleure alimentation cycliste après l'effort

  • Jean-Marin Grillon
  • 18 mai
  • 4 min de lecture

Je vais vous parler d'une chose dont personne ne parle dans le cyclisme. Pas la puissance. Pas le drop de guidon. Pas les watts au kilo ni le ratio développement/cadence ni l'angle d'attaque en virage sur gravier humide.


Je vais vous parler du flan.


Le moment où tout bascule


Il y a un moment précis dans chaque longue sortie où le cycliste cesse d'être un athlète et redevient un animal. Ce moment arrive généralement entre le kilomètre 150 et le kilomètre 200, quelque part entre la troisième montée et la panne de réseau qui fait que Komoot te recalcule via l'autoroute.


À cet instant, le cerveau, cet organe pourtant si sophistiqué, capable de lire un fichier FIT, d'analyser une puissance normalisée, de débattre de la supériorité des boyaux sur les tubeless, cet organe se réduit à deux fonctions basiques :


1. Envoyer de la douleur aux quadriceps. 2. Réclamer du sucre.


C'est dans cet état de grâce physiologique que le cycliste rentre chez lui, ouvre son réfrigérateur, et tombe sur le flan.


Et là, tout s'arrête.


Anatomie de l'alimentation cycliste parfaite


Le flan est techniquement irréprochable pour le cycliste en fin de sortie, et je m'étonne que personne dans l'industrie du sport n'ait encore financé une étude là-dessus. Je le ferai moi-même si un jour j'ai du temps. En attendant, voici mon analyse de cette alimentation cycliste trop longtemps ignorée.


Premièrement : aucune mastication n'est requise.

C'est un critère sous-estimé. Après six heures de vélo, les molaires aussi sont fatiguées. Pas de mastication, pas de compromis. Tu poses la cuillère, ça glisse, c'est fait. C'est le triomphe de l'ingénierie alimentaire sur l'effort physique.


Deuxièmement : il ne te juge pas.

La barre énergétique à 3,50€ te juge. Elle a un nom qui sonne comme un médicament, une liste d'ingrédients longue comme un règlement UCI, et un goût qui oscille entre "carton vanille" et "carton chocolat". Elle exige que tu la mérites.


Le flan, lui, est là. Silencieux. Bienveillant. À 0,89€. Il ne te demande pas ton FTP. Il ne te demande pas si t'as "bien géré ton effort" ou si le ratio zones 2/zones 3 était optimal. Il est là, et il est à toi.


Troisièmement : il est jaune.

Jaune comme le maillot qu'on gagnera jamais, mais qu'on porte quand même le dimanche matin parce que le Lidl à 7h du matin, c'est une étape à part entière et on s'habille en conséquence.


La question du caramel


Ici, il faut être sérieux.


Le débat caramel / sans caramel est, à mon sens, l'un des clivages fondamentaux de la psychologie cycliste. Il en dit plus sur un homme que son rapport poids-puissance.


Le cycliste sans caramel gère son effort. Il planifie. Il a un plan d'entraînement sur 16 semaines, une sortie longue le dimanche, une récupération active le lundi. Il mange le flan nature parce que c'est suffisant, parce que le superflu l'angoisse, parce qu'il a appris à vivre dans la contrainte et à y trouver une forme de liberté austère.

C'est un homme respectable. Probablement rapide en côte.


Le cycliste avec caramel a un bidon vide depuis 40 km. Il s'est lancé dans la montée trop fort parce que ça lui semblait une bonne idée sur le moment. Il a mangé son dernier gel au col d'avant. Il a quand même terminé. Et ce soir, il mange le flan avec caramel parce qu'il a une bonne histoire à raconter et que la vie est trop courte pour les regrets.

C'est aussi un homme respectable. Probablement meilleur en descente.


Je ne trancherai pas. Je dirai simplement que selon les jours, je suis l'un et l'autre. Et que c'est peut-être pour ça que je continue à rouler.


Ce que le flan m'a appris sur le cyclisme


Il y a une philosophie dans le flan que je n'ai trouvée nulle part dans les magazines spécialisés.

Le cyclisme haut de gamme, les watts, les fichiers d'entraînement, les rappels de récupération à 22h sur l'application, tout ça nous raconte une histoire de maîtrise. L'idée que si tu contrôles tout, tu deviendras meilleur. Plus fort. Plus rapide. Plus efficace.


C'est vrai. Et c'est aussi, parfois, épuisant.


Le flan ne maîtrise rien. Le flan tremble légèrement quand tu poses l'assiette sur la table. Le flan a une texture imprévisible selon les marques. Le flan ne sait pas si tu fais 3,2 ou 3,8 watts par kilo.


Et pourtant le flan est là depuis toujours, à 0,89€, dans tous les réfrigérateurs de tous les cyclistes qui rentrent le dimanche soir avec les jambes lourdes et le cœur plein.


C'est peut-être ça, la vraie récupération. Pas les rouleaux de massage, pas les chaussettes de compression, pas le bain froid à 12 degrés.


Juste le flan. Dans le silence de la cuisine. Avant que les enfants se réveillent.


En guise de conclusion (que personne ne lit jamais)


Je n'ai pas gagné la Race Across Switzerland Gravel grâce au flan. Enfin, pas officiellement.


Mais il y a des soirs où, après une sortie de 200 km dans les Alpes, je me dis que la frontière entre la performance et la joie est beaucoup plus fine qu'on ne le croit.


Que le cyclisme n'est pas qu'une affaire de puissance et de souffrance.

Que c'est aussi ces petits rituels idiots, le flan, le caramel ou pas, la cuillère qui racle le fond de la coupelle.


Le gel énergétique à 3,50€ te promet des watts.

Le flan à 0,89€ te donne la joie.

Et entre les deux, on sait tous ce qui compte vraiment.


Pour d'autres histoires riches en glucides pur: @le_casque_rose

Commentaires


Les commentaires sur ce post ne sont plus acceptés. Contactez le propriétaire pour plus d'informations.
bottom of page